Producteur, compositeur, scénariste, chef-opérateur, responsable des effets spéciaux, réalisateur Les principaux responsables du génial Robocop récidivent dans la SF destroy avec Starship Troopers, où troufions et insectes extraterrestres se livrent à une guerre sans merci. Le premier degré ayant été enseveli sous plusieurs couches d'ironie, certains crient au scandale. D'autres au chef-d'uvre !
Il sera toujours facile d'opposer les extrêmes (dans un bel élan belliciste) que d'admettre qu'ils peuvent cohabiter pacifiquement. A savoir, la Septième Compagnie au Clair de Lune n'a pas empêché Full Metal Jacket d'exister, pas plus que Starship Troopers ne constituera un obstacle à un éventuel Sergent Rock de John Mc Tierman, par exemple. On cherche des noises à Verhven, par quelque moyen de ce soit et souvent avec des arguments contradictoires, parce qu'on lui reproche, au fond, sa folie. Car Verhven est un fou génial, un trash-man surexcité qui a fait du mauvais goût un art de vivre, un réalisateur capable de consacrer plusieurs années de son existence à l'accomplissement de projets à priori minables, indignes, impurs, bêtes, sales et méchants. Que cet artiste mette son talent tout entier au service d'une uvre qui a quand même un pied dans la merde, ne peut que choquer les cinéphiles intégristes qui ont fait du classicisme leur unique credo et les gradés du septième art qui voudraient que les films s'alignent en rang d'oignons.
Peut-être ces derniers se retrouvent-ils dans la société future décrite par Starship Troopers : le service militaire n'y est pas obligatoire, mais c'est l'unique moyen de devenir citoyen de la Fédération. Le film de Paul Verhven suit donc le destin de jeunes gens qui s'engagent dans l'armée, pour des raisons très bêtes : Carmen veut devenir pilote (tenir le gros manche à balai, c'est sexuel !), Johnny est en rébellion contre des parents pacifistes et amoureux de Carmen, Dizzy est amoureuse de Johnny qui la considère, snif, comme sa meilleure amie Il faut donc soit être tenté par l'uniforme, soit extrêmement mou du cerveau pour envisager Starship Troopers sous l'angle du rapport complexe aux personnages, qui est souvent l'apanage des réussites des " films de guerre ". Si Paul Verhven investit le genre avec la rage des débutants, il en redéfinit tous les codes grâce à une logique interne foudroyante où les principes d'identification sont exclus : les troopers sont des crétins congénitaux qui se font déchiqueter par les insectes dans des débordements gore très craspec (youpi !), mais les insectes-tes sont quand même de sacrées vacheries qu'on est content de voir exploser par centaines sous les balles des troopers. S'il y a un malaise pour certains dans Starship Troopers, c'est bien dans ce spectacle guerrier visuellement extraordinaire, monstrueusement destroy et jouissif, qui se dérobe avec une habilité diabolique à toute tentative de récupération morale : scénario totalement fictionnel, pas de raison profonde au conflit, impossibilité d'attribuer avec exactitude les rôles d'agresseur et d'agressé, aucun revirement psychologique chez les personnages une fois la guerre déclarée Cette dédramatisation - à l'extrême puisqu'elle ne débouche même pas sur un manichéisme primaire, n'a rien d'un aveu d'impuissance mais constitue bel et bien le nerf ironique du film, sa force brute. Parce qu'il décrit dès ses premières secondes, avec beaucoup d'humour, une société totalitaire, et adopte illico la forme grotesque du film de propagande, Paul Verhven balaie tous les doutes sur une éventuelle connivence morale avec ce qu'il raconte, refuse de manipuler les émotions du public sur un sujet aussi explosif. Via Starship Troopers, il balance à la face du monde une blague fasciste. Dans le cinéma américain, qui d'autre que lui, né en 1939 dans une Hollande bientôt occupé par les Allemands, peut se permettre cette monumentale bêtise.
U.S.A. 1997 - Réal : Paul Verhven - Durée : 2 h 15 - Sortie le 21 janvier 1998
PETITS MEURTRES ENTRE AMIS Dans la foulée des Scream, le scénariste Kevin Williamson fait tourner son usine à meurtres en imaginant un bon vieux psychokiller des familles. Jeunes gens coupa-coupables, horreur soft et meurtrier armé d'un crochet
On se croirait revenu douze ans en arrière. A l'époque du débarquement sur les écrans de la descendance de Vendredi 13 et Halloween. A l'époque des Cauchemars à Daytona Beach, des Massacre à l'Hôpital Central et autre Bal de l'Horreur. a l 'époque où sérial-killers, psycho-killers blindés et fêlés divers décimaient des promotions entières de teen-agers lobotomisés. Douze ans après, ça recommence. Principal artisan de cette résurgence : Kevin Williamson. Un nostalgique qui propulse le genre aux cimes du box-office via les deux Scream signés Wes Craven. Via également Souviens-toi l'Eté Dernier qui, avec 70 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord, démontre que le public US aime à jouer encore au " Ouh, fais moi peur ! " le plus basique, le plus élémentaire. A l'heure où Jason et Freddy amorcent leur grand come-back des enfers dans un film commun, les tueurs masqués de Kevin Williamson prouvent que les croquemitaines increvables et les adolescents confits dans la Budweiser ont encore de beaux jours devant eux.
Superstar de l'extermination des teen-agers propres sur eux, Kevin Williamson remet le couvert du massacre, fort d'une formule extrêmement rentable pour des investissements minimaux. Après que Helen a été couronnée reine de beauté du bahut, alibi à une virée sur la plage voisine, à une partie de jambes en l'air et à un sort jeté à quelques cannettes de bières, la voiture du quatuor percute un piéton planté au beau milieu d'une route déserte, plongé dans les ténèbres. " Ils ont le choix entre dire la vérité et avoir la conscience nette, ou cacher les faits, mentir à tout le monde. Ils font bien entendu le mauvais choix. Nombreux sont ceux qui, dans la salle, se disent qu'ils auraient agi de la même façon ". Le spectateur lambda de Souviens-toi aurait donc chargé le cadavre dans le coffre puis balancé le corps dans un lac voisin, non sans que celui-ci ait été secoué de spasmes ultimes. La panique cédant à la raison froide et pragmatique, Julie, Helen, Ray et Barry scellent un serment. Pas question de dire un mot à quiconque. Motus et bouche cousue.
Quand tout semble s'être tassé, la tragédie rattrape le quatuor. L'été suivant, ils se revoient et les emmerdements apparaissent : de multiples incidents leur rappellent leur acte passé. Julie reçoit un billet doux signalant " je sais ce que tu as fait l"été dernier ", Helen découvre dans le coffre de sa voiture une tête coupée agrémentée de fruits de la marée, et rode dans le secteur l'inquiétante silhouette d'un individu sapé comme un marin-pêcheur au cur de la tempête, un croisement entre un roi du chalut et Hook, car l'homme use d'un crochet avec autant de virtuosité que Sharon Stone use du pic à glace dans Basic Instinct.
Après le couteau, la tronçonneuse, la hache, le harpon et quelques autres ustensiles, le crochet fait une entrée remarquée dans l'arsenal des psycho-killers. Une fausse entrée puisque Candyman le précède de plusieurs années.
Mi-Rosanna Arquette (pour le profil de musaraigne), mi-Paméla Andernon (pour la poitrine, point refaite cependant), Jennifer Love Hewitt est la grande révélation de Souviens-toi L'Ete Dernier. Qu'elle ait été la partenaire de Neve Scream Campbell dans la série Party of five ne constitue probablement pas une simple coïncidence. Pas un hasard non plus que Souviens-toi s'appuie également sur les ressorts dramatiques de Petits Meurtres entre Amis. Il est fortement question de Kevin Williamson rédige le scénario d'Halloween VII, séquelle portés par le succès des Scream et de Souviens-toi L'Ete Dernier. Séquelle qui marquerait également le retour de Jamie Lee Curtis à l'épouvante.
I Know What You Did Last Summer
U.S.A. 1997 - Réal : Jim Gillpesio - Durée : 1 h 40 - Sortie le 2 janvier 1998 -
FLUBBER Robin Williams fait son numéro habituel dans cette comédie familiale où un savant fou découvre une nouvelle source d'énergie : du caoutchouc volant. Les Mayfield, réalisateur de cette " chose " s'explique.
La vie du professeur Brainard est réglée entre ses courts de physique au collège de medfield et ses expériences diverses dans sa cave transformée en laboratoire. Secondé dans ses activités domestiques par des robots et une petite soucoupe volante du nom de Weebo lui servant d'agenda, Brainard est sur le point de se marier enfin avec Sara, proviseur du collège, après deux tentatives ratées, le professeur tête en l'air ayant de se rendre à l'église. malgré l'ultimatum de Sara, dont la patience a des limites, Brainard se laisse une nouvelle fois déborder par ses recherches sur une nouvelle source d'énergie. son expérience de la dernière chance débouche pourtant sur la création d'une sorte de gelée verte, caoutchouteuse, protéiforme, vivante, très joueuse et multipliant à grande échelle l'énergie qu'on lui transmet. Baptisée illico Flubber, cet ersatz de slime annihile les effets de l'apesanteur et pourrait remplacer de nombreux combustibles. Mais avant de réfléchir aux applications de son invention, Brainard doit à la fois reconquérir le cur de Sara et lutter contre Chester Hoenicker, un richissime parent d'élève qui emploie des méthodes mafieuses pour garantir la réussite scolaire de son fils
Produit pour les fêtes de Noël aux Etats-Unis, Flubber commet de trop grosses erreurs de débutant pour parvenir à rendre son postulat de départ et crédible et intéressant. L'apparition du Flubber devrait ainsi constituer le moment où le film bascule dans le fantastique (à l'image de Gremlins et de cette scène chez l'antiquaire chinois). Mais comment s'étonner de cette matière volante non identifiée, alors que le professeur Brainard vit au jour le jour avec Weebo, un ordinateur en suspension dans les airs ? En ne traçant pas dans le film la frontière entre l'univers réel et l'univers fictionnel, Les Mayfield abandonne Flubber dans une sorte de " no man"s land " ou tout et son contraire peuvent arriver. La matière magique qui donne son titre au film est ainsi différemment traitée selon les besoins de la scène, et pour contourner toute difficulté scénaristique : le Flubber est d'abord une créature rigolote qui entre en communication avec les humains, puis un objet indépendant capable de danser le mambo (n'importe quoi), et enfin un simple carburant qu'on met dans son moteur de voiture ou qu'on colle telle un chewing-gum sous ses baskets. On imagine fort bien les responsables de ce projet à tout point de vue inachevée compter très fort sur la présence de Robin Williams, non pour assurer la finition, mais pour rentrer dans leurs frais. Restent deux demi-raisons de se réjouir. Robin Williams, évidemment, qui n'a jamais fait de différence entre un bon et un mauvais film et apporte une touche d'humour à Flubber. La paire de " bad guys " ensuite, figure imposée des productions John Hughes, avec un Clancy Brown (le Kurgan de Highlander) et un Ted Levine (le serial-travelo du Silence des Agneaux) qui se livrent à un concours irrésistible de tronches de cake. Allez, rien que pour eux
U.S.A. 1997 - Réal : Les Mayfield - Durée : 1 h 33 - Sortie le 1er avril 1998
LE CREPUSCULE DES HEROS Bien que tout a fait divertissants, les derniers films de John Carpenter n'étaient pas à la hauteur de ce que sait faire le Maître. Démonstration avec Vampires, prototype démentiel de série B fantastique, où chaque plan est marqué du sceau de l'amour du genre. Ça fout la trouille, ça charcle, c'est drôle, c'est touchant C'est beau comme du B !
Vampires est le film le plus excitant de l'année. Celui que l'on attendait sans doute avec plus d'impatience que tous les autres. Parce qu'il montre la rencontre de John Carpenter avec LE mythe majeur du fantastique. Parce que c'est aussi clairement un western, annoncé comme " la Horde Sauvage chez les Non-Morts ". Enfin, parce qu'après l'embarrassant Los Angeles 2013, on allait presque jusqu'à se demander (crime de lèse-majesté) si le Maître, bouffé par des années de combat contre le système, n'avait pas perdu un peu de sa superbe. Une poignée de minutes de Vampires suffisent pour répondre. Un bon gros riff de guitare accompagne la caméra qui survole les paysages pelées du Nouveau-Mexique. Un camion high-tech s'immobilise devant une baraque claquemurée, perdue au milieu de nulle-part. Des types descendent du véhicule. Ils déchargent un armement étrange : arbalètes derniers cris, lances chromées Le " team " est conduit par Jack Crow (James Wood, dans son meilleur rôle depuis Vidéodrome !), un type en blouson de cuir et lunettes noires, " Plissken attitude " et cigare au bec façon Nick Fury. Il est le leader des chasseurs de vampires. Et dans la ruine devant eux, se cache une horde de goules. Ils marchent vers la maison. Il faut avoir fini le sale boulot avant la tombée de la nuit
Yeeeeha ! Dites-moi que vous n'avez pas envie de voir ÇA ! Hmmm ? Oui, Carpenter est là. Et il signe son meilleur film depuis Invasion Los Angeles ! Si le miracle a bien lieu, c'est surtout parce que Vampires retrouve les grandes lignes de force de la thématique carpentérienne. Conçu comme une longue traque (Jack Crow poursuit le Vampire Originel), le script installe en premier lieu une nouvelle figure mythique, Crow répondant ici directement à Napoléon Wilson, John Nada et bien sûr Snake Plissken. Comme tous les grands héros carpentériens ,Crow est réfractaire à toute forme d'autorité (employé du Vatican, il bouffe du curé à tous les repas), mais il s'impose également comme un survivant, le dernier type à avoir les yeux ouverts, un héros crépusculaire qui doit éliminer ses ennemis avant la nuit. Personnage exemplaire de la série B, Crow évolue dans un monde parallèle (à part les chasseurs et leurs employeurs, personne ne semble connaître l'existence des vampires), un monde de cinéma. Celui de Carpenter, mais aussi plus largement celui des B Movies d'antan, qui comme les chasseurs sont aujourd'hui en sursis, aux portes de la nuit. Comme dans toutes ses uvres récentes, le réalisateur est donc amener à décortiquer les mécanismes d'un cinéma de genre qu'il maîtrise mieux que personne. Pourtant, et c'est sans doute là la plus belle réussite du film, Carpenter, tout en introduisant beaucoup de distance, ne va jamais jusqu'à démontrer la fin du fantastique, ou jusqu'à fouler aux pieds ses principes (une obsession présentes dans les uvres de nombreux grands maîtres du genre ces dernières années). Il offre en effet de grands moments de pure terreur, en particulier l'attaque très gore d'un motel craspec par un vampire, qui est probablement une des plus belles séquences de toute sa filmographie. Au contraire d'un Wes Craven, le maître n'oublie donc jamais qu'un film fantastique doit faire réellement peur, qu'il doit porter son lot de tragédie, ses héros déchirés et ses monstres.
Ceci étant posé, Carpenter se livre parallèlement à un véritable travail de dépeçage, ou plus précisément d'asséchage scénaristique. Construit comme une traque, le film évacue par les dialogues tous les " moteurs " habituels de ce genre d'histoire (la genèse et les description des faiblesses du vampire, le mode de contamination des victimes). Il ne reste dès lors qu'un squelette, une ligne d'histoire dénudée, la fuite en avant de personnages au destin écrit d'avance. Cette impression est d'autant plus forte que les décors sont à peine habillés et que Carpenter va même jusqu'à évacuer en une poignée de plans la confrontation tant attendue entre Crow et les non-morts. Parce que cette histoire de chasseurs de vampires, pour excitante qu'elle soit, il la connaît comme vous : par cur. Et qu'une fois débarrassée des oripeaux du B, ce qu'il raconte ici est avant tout l'histoire d'un homme amoureux d'une femme rongée par le mal. Un homme prêt à suivre cet amour jusqu'à la nuit et l'anéantissement. Le message est sec, brutal et sombre. Les vampires font très vampires, l'attitude héroïque est toujours là, les vrais durs sont toujours des Nick Fury, et on aimera ces westerners quoiqu'il arrive. Mais au bout de la route, Carpenter n'oublie jamais que la raison d'être du fantastique, c'est avant tout de regarder la mort en face. La seule vrai terreur.
U.S.A. 1997 - Réal : John Carpenter - Durée : 1 h 43 - Sortie le 15 avril 1998
HORREUR A L'HORIZON Des dédales de l'esprit à ceux de l'espace, Event Horizon nous plonge aux confins de l'horreur dans un univers galactique transfiguré par la magnificence de ses effets spéciaux visuels.
En transportant le thème de la maison hantée dans un contexte de science-fiction, Paul Anderson (Mortal Kombat) signe un second film particulièrement attachant. Event Horizon met en scène un vaisseau capable de se déplacer à la vitesse de la lumière en créant des brèches spatio-temporelles. Sept ans après s'être évanoui mystérieusement aux confis du système solaire, il émet un signal de détresse. Un groupe de sauveteurs parti à sa recherche découvre alors que la machine, déserte, possède une vie propre et cherche à s'emparer des âmes humaines.
Après nous avoir intéressé à l'adaptation d'un jeu vidéo (ce qui relève de l'exploit !), Paul Anderson a opté pour un projet original, offrant une alternative "gothique" aux visions bio-métallisés de Scott et Giger. De prime abord ; bien sûr, leur influence reste considérable : le "quotidien" de l'équipage du "Lewis & Clark" (le vaisseau sauveteur) est toujours constitué de capsules d'hibernation, de sas de dépressurisation, et les navettes de sauvetage continuent de fuir l'espace irradié. Mais ces éléments font l'objet d'un traitement artistique soigné, tant au niveau des décors que des effets spéciaux, et plusieurs images peuvent d'emblée captiver : un générique techno-fluorescent, un superbe travelling arrière tourbillonnant à partir d'un hublot de plate-forme stellaire. Ce charme inhérent aux scènes d'exposition connaît son apogée avec l'abordage du vaisseau fantôme. Tapi dans des nuages orageux, orné d'ogives, de piliers de cathédrales, le "Event Horizon" est propice à une exploration en apesanteur, au cours de laquelle les cosmonautes percutent de grandes bulles d'eau flottantes et traversent des centrifugeuses. Ils aboutissent au cerveau de la machine : une enceinte sphérique (sorte d'oursin creux) où trône un mystérieux assemblage de boules, de plaques et d'anneaux. S'il évoque celui de Contact, cet engin ouvre d'autres portes que celles du paradis.
Une fois les attraits de la nef dévoilés, le déploiement de ses pouvoirs occultes déçoit quelque peu. Il s'agit d'une série d'hallucinations, la plus spectaculaire étant le gardien en flamme qui persécute le capitaine Miller, interprété par l'excellent laurentia Fishburne (King of New York). En utilisant ces visions comme autant d'effets chocs, Paul Anderson substitue au film d'atmosphère initial un "shocker" mécanique. Le principe du cauchemar en série (et personnalisé) demeure un postulat séduisant, mais justement trop exploité. Il est, de plus, assez difficile de s'identifier à cinq ou six personnages à la fois, de partager leur angoisse à la vue de visions traumatisantes, matérialisées avec la fantaisie d'une rangée de boulons. Les grands classiques de l'épouvante (La maison du Diable, Shining), qui ont inspirés le scénariste Philip Eisner, donnent lieu à des citations anecdotiques - parmi lesquelles on retiendra tout de même un beau ban de sang en Cinémascope. Quant à l'évocation des enfers (cartes postales volées à Clive Barker), elle laisse le spectateur sur sa faim.
Pourtant, ces fautes de goût sont oubliées au profit des aspects positifs : concocté avec amour, Event horizon recèle les images les plus poétiques que l'on ait vues depuis longtemps en matière de science-fiction. Après Alien 4 et Starship Troopers, ce film personnel mérite toute l'attention des fantasticophiles.
| PETITES IDEES POUR GRANDS EFFETS | La production fit construire 14 modèles réduits du vaisseau Event Horizon, 12 du Lewis & Clark et 2 de la station Daylight où se déroulent les premières séquences du film. Ces maquettes comprennent des reproductions complètes des vaisseaux à très petite échelle, et des reproductions partielles, à six échelles. Pour simuler les effets d'explosions en apesanteur, Richard Yuricich et son équipe retournèrent les maquettes et leurs armatures, de manière à ce que les fragments tombent vers l'objectif. il suffisait ensuite d'inverser l'image pour avoir un mouvement ascensionnel simulant une explosion. |
U.S.A. 1997 - Réal : Paul Anderson - Durée : 1 h 36 - Sortie le 6 mai 1998
OMBRES ET LUMIERES
Présenté en sélection officielle (séance spéciale) au festival de cannes 1998, Dark City confirme, après The Crow, qu'Alex Proyas est un visionnaire, un inventeur-recycleur d'images. Sur un scénario beaucoup plus personnel, il signe ici un uvre sombre, paranoïaque, sir la condition humaine.
The Crow l'avait annoncé sans détours. Alex Proyas est obsédé par les cités baroques et claustrophobes. Peu à l'aise dans le romantisme " in " que lui imposaient à l'époque son sujet et sa star montante, le jeune australien focalisait sur son décor avec une sensualité toute gothique et en faisait le véritable protagoniste du film. D'un pur produit de commande, The Crow devenait alors un détournement cinématographique amusant. Restait à savoir ce que son auteur avait véritablement dans les tripes. Le script autrement plus ambitieux de Dark City nous le révèle enfin.
Un homme (Rufus Sewell) se réveille brutalement dans une salle de bain grise et froide. Il ne reconnaît pas son visage dans le miroir, ni le ca-cadavre de la jeune femme qui trône dans la chambre voisine. Il ne connaît pas de Dr Schreber (Kiefer Sutherland) qui lui téléphone pour l'avertir d'un danger. Il ne connaît pas ces " Etrangers " qui cherchent à l'éliminer en le pourchassant dans toute la ville, ni même cette belle femme (Jennifer Connely) qui prétend être sa compagne. Errant dans la cité où jamais le jour paraît, il ne comprend pas non plus pourquoi, à chaque coup de minuit, toute la population s'endort et pas lui, pourquoi les immeubles changent de forme, naissent, disparaissent, pourquoi les gens changent de cadre de vie et d'identité avec les souvenirs d'un autre. Est-il le serial-killer que poursuit l'inspecteur Bumstead (William Hurt) ou un danger pour les " Etrangers ". Est-il tout cela à la fois ? Ou tout cela n'est-il qu'un souvenir implanté.
Bien sûr, le nom de Franz Kafka vient immédiatement à l'esprit. Mais c'est en réalité le fantôme de Phillip Kindred Dick qui hante le script de Dark City, le vertige existentiel, les univers subjectifs emboîtés de " Ubik " plutôt que l'absurde paroxystique du " Procès ". Cette influence littéraire, rarement revendiquée, ne serait pourtant que simple coquetterie si elle n'était aussi solidement ancrée dans un univers d'une parfaite cohérence graphique. Tout comme David Fincher, Michael Bay, Simon Weest ou Antoine Fuqua, Proyas a appris chez Propaganda Films l'art de l'esbroufe publi-clippesque. Seuls Fincher et lui auront été chercher au-delà, dans l'énorme patrimoine culturel mondial, le sens réel des images, ce qu'elles véhiculent de plus authentique et révèlent de plus profond de la condition humaine. Dans Dark City, les réminiscences expressionnistes de la ville tiennent autant de Murnau que de Bauhaus. Mais l'on est surtout frappé par les influences bédéphiliques, parfaitement digérées, qui synthétisent trois continents en un seul et même graphisme : les pardessus et feutres mous, les véhicules des années 40, le look filiforme et croque-mort des " Etrangers " renvoient aux plus belles planches des E.C. Comics. Les sublimes " harmonisations " de la cité, ses ponts enchevêtrés qui relient les immeubles, n'auraient pas dépareillé dans les albums de Schuiten et Peeters, notamment sur la saga des " Cités Obscures " (Dark Cities ?). Enfin la formidable énergie dégagé par les combats télépathes en apesanteur, détruisant tout alentour, n'avaient jusqu'ici trouvé autant de dynamique que dans les cases apocalyptiques des manga.
Dark City n'est pas la somme mais le produit de ces héritages ,cimentés pour donner toute sa résonance à une réflexion simple mais cohérente sur la notion de liberté. Loin du maniérisme de La Cité des Enfants Perdus, il trouve un équilibre fragile mais réel, jusqu'à son hallucinant climax et son épilogue apaisé, qui retourne à son avantage une esthétique kitsch casse-gueule.
Pourtant, Proyas n'est pas un cinéaste au sens " mctiernanien " du terme. Sa mise en scène est dynamique, efficace, mais fonctionnelle. S'il a un talent indiscutable, c'est celui d'extraire une exceptionnelle force créatrice de son équipe. Les décors de Patrick Tatopoulos, la photo de Dariusz Wolski, la musique de Trevor Jones relèvent de l'investissement titanesque, et transforment un budget modeste de 45 millions US en une superproduction visionnaire (il faut remonter à Brazil pour trouver une telle rentabilité du moindre centime à l'écran). Dans cette concentration de talent épars en un projet unique et cohérent, Proyas ferait plutôt penser au Rideley Scott des débuts. Et comme ce dernier, après le choc de Dark City, il peut décevoir d'un instant à l'autre. Il tourne actuellement un remake de l'indispensable Quatermass and The Pit. Ça nous laissera le temps de revoir Metropolis, Caligari, L'Aurore, Coup de Cur, Blade Runner ou Brazil et théoriser à l'infini sur les étranges rapports qu'entretiennent la ville et le cinéma.
U.S.A. 1998 - Réal : Alex Proyas - Durée : 1 h 35 - Sortie le 20 mai 1998