LA CHAIR ET LE METALvirus.gif (17074 octets)

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Dans cette nouvelle adaptation d'un comics Dark Horse, maison d'édition qui sous-traite régulièrement ses produits avec Hollywood (The Mask, Barb Wire), aucun super-héros ne se profile à l'horizon. Son créateur, Chuck Pfarrer, leur préfère de loin une force extraterrestre destructrice qui va prendre d'assaut un navire de recherche scientifique russe. Co-scénariste de Darkman avec Sam Raimi et de Chasse à l'Homme de John Woo, Chuck Pfarrer construit un récit cinématique à souhait, entre Hardware et Un Cri dans l'Océan. Une aubaine pour l'ancien superviseur des effets spéciaux John Bruno, qui fait ici ses débuts de metteur en scène. La tâche n'en est que plus simple. Trop simple d'ailleurs, au goût de John Bruno, qui a été habitué aux tournages épiques de son mentor James Cameron.

A la différence du comics en quatre parties de Chuck Pfarrer, il commence donc par établir les origines de cette menace, un faisceau électrique qui investit le Volkov, un navire russe positionné dans l'océan pacifique, après avoir percuté une station orbitale alors en pleine transmission avec le bateau. Ensuite, il déchaîne une tempête sur le Sea Star, un bateau de marchandises chargé comme un mulet qui se trouve dans les environs. Malgré le contre-ordre du commandant Everton (Donald Sutherland, Baker (William Baldwin), Woods (Marshall Bell) et Foster (Jamie Lee Curtis) jettent quelques caisses à la mer afin d'alléger le rafiot qui sombre peu à peu sous les eaux. En réparant les dégâts, ils aperçoivent l'épave du Volkov, qu'Everton compte bien ramener à bon port dans l'espoir de toucher une prime. Mais en montant à bord, ils découvrent que le Volkov a été mystérieusement abandonné, déserté en pleine tempête par tout l'équipage. C'est alors qu'ils tombent nez à nez avec Nadia (Joanna Pacula), une rescapé qui leur apprend que ses compatriotes ont été exterminés par des robots d'apparence humaine...

Une  chose est sûre, l'originalité de Virus ne ne situe pas au niveau de son histoire, qui s'en remet à ce vieux concept du huit-clos horrifique où une poignée de survivants est confrontée à une menace dans un décor unique. Ce qui le différencie du reste de la production, des Alien et autres Un Cri dans l'Océan, c'est la nature même de cette menace, totalement inédite.Fini les monstres biologiques : Pfarrer imagine une force électrique autonome et extraterrestre qui s'introduit dans le navire et en détourne les données à son profit. Une force qui prend rapidement vie sous la forme de créatures biomécaniques diverses composées de ferraille et de morceaux de corps humains. Comme ces mini-robots en forme de crabe qui se promènent en liberté dans le Volkov ou ces hybrides décharnés, mi-hommes, mi-cyborgs, derniers restes de l'équipage. Sans oublier la forme définitive de l'entité, un colosse métallique de plusieurs mètres de haut dont la tête multi-fonctionnelle est un véritable couteau suisse. Mais la vraie bonne idée du film de John Bruno, c'est d'inverser les rôles : le virus, contrairement aux apparences, c'est l'être humain, une forme de vie nuisible que les créatures extraterrestres se sont mis en tête d'éliminer. Car on ne peut pas dire que Virus brille par un scénario bien écrit et convenablement rythmé, qui se perd en scènes d'exposition inutiles et donc en longueurs dès le début du film. Un détail qui n'enlève cependant rien au plaisir que procure la vision de ce Virus visuellement soigné et parfois proprement terrifiant.

U.S.A. 1998 - Réal : John Bruno - Durée : 1 h 40 - Sortie le 17 février  1999

eXistenZ

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Dire qu'on attendait ce film relève de l'euphémisme gentiment coquet. Après avoir fait l'objet d'une simili-fatwa, pour cause de Crash, David Cronenberg s'apprêtait à nous jeter à la face, pêle-mêle, les concepts de la création, de ses dangers, de ses résistances fataniques. Il serait également notre guide au sein des réalités virtuelles, nous ferait douté de notre propre perception de la réalité, et, quinze ans après Vidéodrome, viendrait à nouveau mettre un joyeux boxon dans notre confortable conformisme médiatique. eXistenz arrivait tout plein de dingues promesses et ça allait faire mal, très mal...

Un groupe de personnes se réunit dans une petite chapelle. La moyenne d'âge excède difficilement les 25 ans. Tout respire la sobriété. Vêtements simples, chaises en bois, tableau noir sur l'estrade. Là, un jeune homme, exalté mais retenu, présente en termes simples le nouveau produit  que sa compagnie s'apprête à sortir. Dans le coin de la pièce, une jeune femme attend, probablement prête à intervenir. Discrète, devant le buffet, elle se sert tranquillement, presque timidement, une tasse de café noir. L'homme sur l'estrade parle d'un créateur de génie. Nous nous doutons que c'est de cette jeune femme à l'apparence presque quelconque qu'il parle.

eXistenZ, le film, vient à peine de débuter que nos papilles gustatives frémissent déjà d'un surplus de salive. Devant l'évidence du moment, la totale clarté des quelques éléments mis en scène, nous reconnaissons le quotidien, le banal tel que nous l'a appris Cronenberg. Et déjà, nous sommes prêts à plonger avec lui dans l'improbable, l'inconcevable, le terrifiant. Prêts à adopter les points de vue les moins évidents. auxquels il nous a accoutumés.

La jeune femme monte sur scène, réunit autour d'elle quelques volontaires pour une expérience, et sort de son sac sa "console de jeu", une créature reptilienne ornée d'un cordon ombilical, et dont les protubérances servent de manettes de jeu. la jeune femme, Allegra (Jennifer Jason Leigh) branche le cordon dans le bio-port qu'elle a au bas du dos afin de se laisser pénétrer par le jeu qu'elle a programmé, laissant sa console, le Game-Pod, envahir son système nerveux et la plonger au cœur de la réalité virtuelle d'eXistenZ. C'est le moment où nous devrions nous affréter pour le grand voyage. Au lieu de cela, c'est d'un douloureux divorce dont nous sommes victimes, persuadés à cet instant d'assister aux dérives d'un cinéaste en panne, décidé à se faire passer pour Cronenberg.

Au cœur d'eXistenZ il y a le jeu, c'est de lui qu'on attend le vertige philosophique, le dérapage fâcheusement artistique, les signes ostentatoires de génie. Mais hormis quelques bribes d'idées (les personnages qui se mettent "en boucle d'attente", l'étrangeté des décors dénudés plutôt que chargés d'éléments), eXistenZ ignore superbement l'étendue qu'il devrait explorer. Les jeux vidéos tirent leur pouvoir évocateur de la notion hautement cinématographique du hors-champ. Le joueur accepte instinctivement d'être l'épicentre d'un univers qui lui est plus suggéré que montré. La qualité sonore et graphique n'est au départ qu'un facteur de crédibilisation, l'univers virtuel étant créé inconsciemment par le joueur lui-même, dès lors qu'il a accepté le principe d'identification automatique au héros. Il est ensuite "épaulé" de manière intermittente par le soin de la programmation comme le calcul en temps réel qui suit ses déplacements. Mais en réalité, il ne fait que se mouvoir dans une sphère mathématique qui dévie ses sens par un jeu constant de trompe-l'oeil. Ce postulat aurait pu fasciner un cinéaste obsédé par la perception de la réalité. Et s'il finit par passer complètement à côté, ce n'est pas forcément de son propre arbitre : "Je m'intéresse aux jeux vidéos, mais surtout à leur travail de design. J'ai autour de moi pas mal de gens qui y consacrent beaucoup de temps, ainsi que mes propres enfants. Bien que j'essaie de garder un pied dedans, j'avoue que je ne joue pas beaucoup".

En Admettant ainsi qu'il ne maîtrise que partiellement son sujet, Cronenberg nous livre la clef de l'échec. Vidéodrome allait loin, très loin, car il parlait d'images, de cinéma, de télévision. Autant d'éléments constitutifs de l'identité de son auteur. eXistenZ ne fait qu'effleurer son sujet comme Cronenberg ne fait qu'effleurer la manette de la Nintendo de ses enfants. On attendait d'eXistenZ qu'il fasse le chemin inverse d'un jeu comme Metal Gear Solid, et qu'au carrefour de ces remises en question s'élabore une vérité, aussi triviale soit-elle, de l'univers, constamment ressenti et constamment imaginé, dans lequel nous vivons. " Si eXistenZ est un succès, une compagnie s'est dite prête à développer un jeu vidéo. Nous avions même imaginé un concept en travaillant sur le film " avoue Cronenberg. La rigoureuse naïveté, qui est une des marques particulières de sa redoutable intelligence, pourrait se révéler un formidable atout pour un tel projet. Sans un soupçon de rancune, on avoue qu'on aimerait beaucoup qu'il tente l'expérience.

U.S.A. 1999 - Réal : David Cronenberg - Durée : 1 h 36 - Sortie le 14 avril  1999

Huis-Clos à Six Côtés

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Six personnes qui ne se connaissent pas se retrouvent piégés dans un labyrinthe constitué de pièces cubiques. Difficile de ne pas céder à la panique. Le premier film de Vincenzo Natali, un petit budget, est un exercice très réussi qui épate tout le monde. D'ailleurs, le dernier festival de Gérardmer lui a donné trois récompenses, dont le Grand Prix.

La définition généralement admise d'un film d'auteur à la française, c'est : "prise de tête et discours philo à la mords-moi-le-nœud dans un petit studio vide". Alors forcément, vu sous cet angle, il devient difficile de donner une définition appropriée à Cube, puisqu'il ne s'agit finalement de rien d'autre que d'une fable abstraite, mettant en scène, dans une succession de pièces vides, des gens habillés en blanc faisant face à leurs vertiges existentiels. Pourtant Cube n'est pas plus "prise de tête" que "français". C'est un petit film de SF ingénieux qui a remporté le Grand Prix du Festival de Gérardmer et cartonné dans plusieurs festivals. Non, toute cette introduction n'est finalement qu'un moyen très détourné de démontrer qu'il suffirait de bien peu à nos films d'auteur pour qu'ils figurent dans nos pages américano-yankees ou que Télérama les qualifie de décadents (la récompense suprême !). Oubliez la légende-marketing qui voudrait que Robert Rodriguez ait réalisé El Mariachi pour 7 000 dollars ! Cube, lui, est un authentique petit film, financé par une équipe par une école canadienne, qui, pour 350.000 malheureux dollars, réussirait à faire tenir en place le public le plus lobotomo-lucbessonisé (je sais, c'est pas dans le dico, mais nos arrières petits-enfants comprendront...). Vincenzo Natali et son équipe ont naïvement cru qu'il suffisait de bonnes idées pour faire un film. Hé ben ils ont eu raison ! A idée simple, film efficace.

Six personnes se réveillent un beau jour, en pyjama blanc, chacune dans un cube vide communiquant avec les autres par ses six côtés. Il y a là le gauchiste parano, le flic vertueux (attention aux apparences !), la génie des maths introvertie, le cynique qui dit pas un mot et qui s'en bat les roubignolles, le roi de l'évasion qui n'est plus à ça près, et enfin un trisomique pénible. Bien sûr, chacun ignore le quand du comment du pourquoi. Le groupe s'unit bon gré mal gré pour trouver un moyen de sortir de là. Et l'on sait que dans de telles situations de stress, quand on ignore même jusqu'à l'identité du ou des responsables, qu'on ne sait même pas par quoi on est menacé, et  bien la personne la plus proche fait toujours office de bouc-émissaire idéal. Doù tension grandissante, d'où coups de sang et de griffes, d'où trame principale du film. Mais après tout, l'ennemi est-il vraiment à l'extérieur du cube ?

On pense inévitablement à Rod Sterling et sa Quatrième dimension. On pense au Professeur Laborit et ses rats de laboratoire reproduisant du stress des psychoses tristement humains. Par un découpage extrêmement maîtrisé, Natali nous fait voyager dans son Rubik's Cube géant, et surtout, nous tend un miroir claustro en diable de la condition humaine. A discours simple, message universel. Et ce n'est pas son moindre mérite que d'avoir su, avec si peu de moyens, toucher un si grand nombre, chacun s'identifiant à plus ou moins grand échelle aux vertiges de ces martyrs.

Canada. 1997 - Réal : Vincenzo Natali - Durée : 1 h 32 - Sortie le 28 avril  1998

PROFS FROM OUTER SPACE !

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On attendait Robert Rodriguez sur le blockbuster Le Masque de Zorro, le voilà qui réalise une série B avec des lycéens découvrant que leurs professeurs sont d'affreux extraterrestres. Variation sur le thème du   "body snatcher", The Faculty est écrit par Kevin Williamson, le scénariste le plus rentable du moment.

Ce qu'il y a de moulto sympathico chez un mec comme Robert Rodriguez, c'est qu'il a su rester un bisu pur et dur. Un vrai fan de Z et de séries B comme en témoignent certaines séquences de El Mariachi, Desperado ou Une Nuit en Enfer. Pas étonnant donc que l'animal ait été viré du tournage du Masque de Zorro. Lui refourguer ce blockbuster entre les pattes, c'est comme si on amenait le quatrième Indiana Jones sur un plateau à Jésus Franco ou si on offrait le prochain Star Wars à Jean Rollin. Mais en mettant en boîte The Faculty - écrit par le semi-fan de films d'horreur et semi-opportuniste Kevin Williamson (Scream 1 et 2), Rodriguez se retrouve totalement dans son élément. Il a l'air d'ailleurs de franchement prendre son pied en suivant les déambulations de lycéens post-acnéeux qui s'aperçoivent que leurs profs ne seraient rien d'autre qu'une bande de vilains extraterrestres en goguette sur terre.

Sur ce script relativement bateau digne d'un épisode de La Quatrième Dimension / Au-delà du Réel / Expériences Interdites / Les Contes de la Crypte / Hélène et les Garçons (cherchez l'erreur !), Rodriguez et Kevin Williamson rendent hommage (voire "pompage") à des classiques du genre comme La Nuit des Vers Géants, Planète Interdite, The Thing (la scène où les lycéens se testent avec la drogue reprend entièrement  une séquence complète de The Thing, presque au plan près), où L'Invasion des Profanateurs de Sépulture (surtout celui-là) de Don Siegel. Naviguant sans cesse entre la nostalgie d'un cinéma fantastique disparu et une réactualisation du genre sous forme de pastiche, The Faculty reste plaisant à suivre. Les plus indulgents pardonneront les fautes de goût (le côté franchement trop teenagers de certains passages) ou les sautes de rythmes (deux ou trois longueurs quand même), peut   se laisser aller aux séquences gores en images de synthèse ou pur admirer le cabotinage d'un casting composé de quelques trognes d'enfer et d'une poignée de belles doudoune saillantes. Dans le genre on admirera la bombe mexicaine Salma Hayek (strip-teaseuse de choc d'Une Nuit en Enfer) en infirmière sobre, la trop mimi Famke Janssen (meilleure bad girl de toute la série des James Bond via Goldeneye) en prof lubrique, la flippante Piper Laurie 'la maman de Carrie) en je ne sais plus quoi, et surtout le génial Robert Patrick (le méchant de T2), franchement flippant dans le genre d'un prof trop facho pour être honnête. En poussant le bouchon un peu loin, on peut même voir à travers The Faculty la description d'une amérique parano où l'amour, le don de soi, l'honnêteté, la bonté et la gentillesse sont définitivement anéanties !

USA. 1998 - Réal : Robert Rodriguez - Durée : 1 h 41 - Sortie le 2 juin 1999

PSYCHO PANTINS !

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Chucky, la poupée Brave Gars investie par l'âme du serial killer Charles Lee Ray, fait son come-back, accompagné d'une jolie fiancée qui la rafistole à la manière du monstre de Frankenstein. C'est le Hong Kongais Ronny Yu qui réalise ce quatrième volet, un  road-movie débridé pour ces Bonnie et Clyde caoutchouteux.

On l'avait presque oublié, Chucky, cette poupée Brave Gars investie par l'âme du serial-killer Charles Lee Ray à l'aide quelques incantations vaudou, juste avant qu'il ne soit refroidi par la police. Après par trois fois essayé de se réincarner dans le corps du jeune Andy Barclay, respectivement dans Jeu d'Enfant, Chucky, la Poupée de Sang et Ckucky 3, il finit broyé en petits morceaux. Difficile d'espérer un nouveau come-back ! D'ailleurs, au début de La Fiancée de Chucky, cela fait dix ans qu'il n'a pas donné le moindre signe de vie. Dix années qu'il repose dans un sac poubelle, au fond d'un casier dans un dépôt de police. A ses côtés, on trouve le masque de Michael Myers, le gant de Freddy et la tronçonneuse de Leatherface, des affaires pour leur part résolues. Un premier clin d'oeil furtif qui annonce un retour en force pour le pantin psychopathe, désormais maqué à la plantureuse Tiffany (Jennifer Tilly), une bimbo qui s'excite devant les méfaits de son Roméo en caoutchouc. Après avoir retrouvé sa dépouille, elle le rafistole et le ressuscite, espérant enfin pouvoir se marier avec lui, après tout ce temps passé à le chercher. Mais Chucky n'a pas tellement envie de lui passer la bague au doigt et la rejette. Après une violente dispute, Tiffany est à son tour transformée en poupée. Désormais semblables, ils n'ont plus qu'à associer leurs forces pour retrouver forme humaine. Pour cela, il leur faut récupérer une amulette, enterrée avec le corps de Charles Lee Ray dans un cimetière du New Jersey. Tiffany s'arrange pour que son voisin Jesse (Nick Stabile) leur serve de chauffeur. Ce dernier profite de l'occasion pour emmener Jade (Katherine Heigh), l'amour de sa vie, qu'il rêve d'épouser. Une liaison rendue impossible par l'oncle de celle-ci, le chef de la police Warren kincaid (John Ritter), qui ne les lâche pas d'une semelle. Normal donc, lorsqu'il manque à l'appel et que plusieurs cadavres sont découverts, que les deux tourtereaux deviennent les suspects numéro un...

Avec La Fiancée de Chucky, la poupée Brave Gars fait peau neuve. La machine à tuer cynique des précédents épisodes,  le Hong Kongais Ronny Yu en fait un véritable personnage. Plus expressif, plus mobile, Chucky grimace à souhait et tient même un flingue dans chaque main ! Un Chucky au look tendance trash, recousu grossièrement par une Tiffany qui ferait passer le Docteur Frankenstein pour un artiste ! Avec ses énormes agrafes apparentes et son œil décharné, il tient autant de la créature de Mary Shelley que du Terminator de James Cameron. Plus insolent et grivois que jamais, il n'a pas perdu la main quand il s'agit d'empiler les cadavres : treize en tout ! Une hécatombe qui va de l'oncle Warren transformé en Pinhead au coup de cleptomanes lacérés par les débris d'un miroir. Mais au classique jeu de massacre orchestré façon partie de cache-cache en huis clos des précédents films, le scénariste Don Mancini opte pour le road-movie. Une virée truffée de personnages hauts en couleur qui salue au passage Bonnie et Clyde et les Mickey et mallory de Tueurs Nés. Des références (à La Fiancée de Frankenstein et aux autres monstres sacrés du genre), des idées marrantes et des situations surprenantes, ces quatrièmes aventures de Chucky en comptent quelques-unes. Surtout dans les rapports du couple Chucky / Tiffany, qui comprend aussi bien des parties de culbute que des scènes de ménages réglées à la pelle et au couteau. Fun et débridé, La Fiancée de Chucky rend enfin justice à ce personnage, un des meilleurs du genre, dont le potentiel restait jusqu'alors sous-exploité.

Bride of Chucky - USA. 1998 - Réal : Ronny Yu - Durée : 1 h 29 - Sortie le 10 mars 1999

SEXE, MENSONGE & IDEAUX

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Dans le monde de Matrix, on cyber facilement. Réalité ? Virtuel ? Passé ? Présent ? Futur ? Laurence Fishburne, Keanu Reeves et leurs acolytes mènent l'enquête façon comic book dans un blockbuster surprise dont les scènes d'action font du bien par où elles passent.

Ainsi donc, le monde dans lequel nous vivons n'est qu'une gigantesque illusion. Nous sommes en fait au XXIIème siècle dans un univers virtuel reproduisant à l'identique celui de la fin du deuxième millénaire. Voilà ce qu'apprend Neo (Keanu Reeves) de la bouche de Morpheus (Laurence Fishburne), l'un des rares individus sur la planète à connaître l'autre réalité, la vraie de vraie... Dans Matrix, les frères Wachowski balaient la question du "Pourquoi ?" après une grosse demi-heure de métrage, quand Neo apprend en même temps que nous que la découverte de l'Intelligence Artificielle en 1999 a dégénéré en une guerre entre les hommes et les machines, ceux-ci servant désormais sans le savoir de carburant à celles-là. La Matrice du titre cultive son potager humain à ses propres fins, laisse ses jeunes pousses mûrir dans un monde banalement sous contrôle, et s'en nourrit une fois leur vie achevée. C'est un cycle, avec l'Homme dans le rôle de la pile électrique et la Machine sans d'autre projet que celui d'assurer la survie de l'espèce sur une Terre entièrement dévastée et refroidie.

Ce parti-pris de n'entretenir aucun mystère et de balancer la vérité dans la face du héros comme du spectateur provoque un double choc. Esthétique d'abord, puisque ce qui pouvait à priori apparaître comme la partie cachée, secrète du projet, est liquidée en une poignée de plans sidérants de "l'élevage" humain par la Matrice. Ce segment incroyable tire en partie sa force d'une très comique contradiction entre ce que le film raconte à ce moment et les moyens techniques employés : le monde virtuel de Matrix utilise des prises de vues live de Sidney, quand l'univers réel des machines est quasi intégralement une création de synthèse !

Choc esthétique donc, mais aussi choc narratif. En répondant au Pourquoi ?, les Wachowski se coupent d'une certaine façon l'herbe sous le pied. Ne reste plus que le Que Faire ?. Si les principes d'indentification à Neo fonctionnaient jusque là à merveille ("Tu veux connaître la vérité ? Tu veux vraiment connaître la vérité ?"), la suite est tout à fait troublante, Neo épousant sans sourciller la cause de Morpheus. Sorte de grand gourou cérémonial entouré d'adeptes aveuglés par leur admiration, Morpheus se range entre le leader terroriste (des innocents sont tués pour la cause : dommages collatéraux ?) et le chef sectaire. Car le petite communauté des super-résistants propose finalement à Neo le contrat inverse d'une secte : non pas l'illusion d'un monde meilleur, mais la réalité d'un monde pire ! Ce bourrage de crâne n'est pas des plus sympathiques, d'autant qu'il s'accompagne d'une quête techno-religieuse : Morpheus attend l'Elu, seul capable de mettre un terme au fonctionnement de la Matrice. Ce que semblent dire les frères Wachowski, c'est que l'éveil des consciences à la dure réalité ne peut faire l'économie de la croyance en un être supérieur, évidemment sauveur de l'humanité. Un discours à prendre avec des pincettes, qui a le désavantage de stopper net l'identification à ce team de héros aussi mystiques que fanatiques. On prendra évidemment du plaisir à leurs bastons en apesanteur, à leurs gunfights apocalyptiques (les scènes d'actions sont monstrueuses), mais avec des réserves qui empêchent la parfaite... communion !

Il est toutefois possible que cet effet pervers soit voulu par les auteurs, tout comme celui faisant du traître de service le seul véritable point d'ancrage du spectateur dans le film, le seul facteur d'identification immédiate. Cypher (Joe Pantoliano) en a marre de manger du vomi en boîte dans la réalité. Il trouve un accord avec les agents protecteurs de la Matrice pour rejoindre, après lobotomie, le monde illusoire et ses tendres steaks. En somme, il est prêt à échanger sa liberté contre du confort. Précision : Cypher (ou Lucifer ?), s'appelle en fait Reagan !

En nous renvoyant à la figure que nous sommes tous, plus ou moins, les rejetons du libéralisme sauvage, fuyant la réalité dans l'illusion (comme tout mordu du cinéma, non ?), et sans intention de faire changer les choses, les frères Wachowski font mouche. Mais, bien que tout cela se déroule dans un univers fortement marqué comic book, dans un blockbuster issu du système Joel Silver, dans un film d'action d'abord destroy (bref, toutes les conditions requises pour ne pas se prendre la tête et ne rien prendre au sérieux), l'alternative que les frangins proposent ne laissent pas d'inquiéter...

The Matrix - USA. 1999 - Réal : Larry & Andy Wachowski - Durée : 2 h 15 - Sortie le 23 juin 1999

DOCUMENT INTERDIT

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Selon le principe de Cannibal Holocaust repris par Jacques Pradel ("Nous avons retrouvé des images de l'autopsie de Roswell. En tant que journalistes, nous avons décidé de les diffuser"). Le Projet Blair Witch invite le spectateur à visionner les images prises sur le vif par de jeunes reporters à la recherche d'une sorcière en pleine forêt.

Francis Ford Coppola, jamais à cours de déclarations percutantes, prophétiques ou débiles, avait eu cette pensée : "Un jour, avec les progrès de la vidéo, une gamine de huit ans livrera un chef-d'œuvre". Il aura eu au moins raison sur un point. La vidéo a en effet fait des progrès. Mieux que ça, on pourrait même affirmer qu'aujourd'hui, les différents seuils de qualité dans la hiérarchie vidéo ont acquis des pouvoirs évocateurs bien spécifiques, dépassant parfois le sens même des images. Par exemple, un extrait de n'importe quoi, en Hi-8, est immédiatement assimilé au film familial., donc à notre quotidien le plus immédiat. Une image en Beta_SP nous évoque immédiatement les actualités télévisées, c'est-à-dire un quotidien lointain, relayé. Encore plus fort : une chaîne du câble a même découvert qu'elle pouvait diffuser des films porno expurgées de toute séquences hard, leur grain vidéo très particulier suffisant à lui seul à réveiller la libido, sur des scènes pourtant anodines. Ou quand les réflexes pavloviens rencontrent les grandes questions sémiologiques !

C'est dans cette même logique que débarque Le Projet Blair Witch, une arnaque déclarée, dont le postulat rappelle les Documents Interdits de Jean-Teddy Filippe : "Nous avons trouvé en forêt un camescope et une caméra 16mm. Ils appartenaient à trois jeunes étudiants partis faire un reportage sur la mythique sorcière de la forêt. Le film contenu sur ces bandes est tout ce qu'il reste de ces jeunes gens, mystérieusement disparus". L'idée est simple, économique, et promise à l'efficacité. Avec une bonne dose de discipline et des comédiens pouvant réagir au quart de tour au moindre stimuli, Le Projet Blair Witch est sur d'atteindre son but. Pour peu que le spectateur passe le cap de l'esthétisme, il lui faut moins de cinq minutes  pour déraper du sentiment de fiction à celui de réalité, grain vidéo oblige. Mais il est un élément qui fait toute la différence : la cohabitation de deux formats. Si l'esprit du spectateur est assez vif pour assimiler l'idée du faux reportage en 16mm, il commence à perdre ses repères dès le moment où les auteurs de ce "faux" se filment eux-mêmes en pleine action, au camescope. Le film fait ainsi contenir une fausse réalité dans une autre fausse réalité, ce qui rend l'ensemble, mathématiquement, totalement crédible. Dès cet instant, tout est possible. Il suffit que la caméra braque ses projecteurs sur une forêt vide pour que nous soyons intimement persuadés que quelque chose de terrifiant se cache, là, dans le noir. Le simple souvenir de nos terreurs enfantines fera le reste. Le Projet Blair Witch débutait comme un concept amusant, il finit par devenir tour à tour éprouvant, gênant, voire à certaines occasions vraiment flippant. Et bien sûr, cerise sur le gâteau, les comédiens eux-mêmes ne savent pas forcément toujours où ils en sont, ce qui occasionne quelques séquences d'une crédibilité absolument pas feinte. Quelques étudiants astucieux et un camescope bas de gamme auront prouvé, au petit monde de l'horreur et de l'épouvante, qu'on pouvait foutre les chocottes en filmant approximativement les feuilles des arbres. C'est plutôt bien vu...

The Blair Witch Project - USA. 1999 - Réal, scén. et mont. : Eduardo Sanchez & Daniel Myrick - Durée : 1 h 30 - Sortie le 28 juillet 1999