
PANIQUE DANS L'OCÉAN ROUGE Après la jungle (Le Livre de la Jungle), Stephen Som-mers explore les grands fonds. Avec Un Cri dans l'Océan, il réalise une série B maritime, sorte de version gore maritime de 20.000 Lieues sous les Mers où Treat Williams et Kevin O'Connor jouent les Laurel et Hardy face à un mutant aquatique en liberté signé Rob Bottin.
Il est dangereux d'entreprendre une croisière par les temps qui courent. L'océan engloutit aussi facilement un Titanic qu'il accouche de méduses mutantes et hostiles au diamètre démesuré (que l'on nommera donc MMHDD pour éviter les répétitions). Pour Un Cri dans l'Océan, Rob Bottin sculpte une créature hybride dérivée du Jellyfish Bell, la variété de clentérés la plus venimeuse. Le monstre est énorme et agressif, muni de tentacules féroces et affamés aussi vifs et sournois que des serpents. Rob Bottin lâche la bête en pleine mer de chine, pile dans le périmètre où navigue l'Argonautica, un luxueux paquebot de croisière. A l'intérieur, tout le monde s'amuse, boit, danse, claque son fric au casino. La fête bat son plein, mais voilà que le bateau est heurté par un objet non-identifié. Pas un iceberg, mais une MMHDD. Accoste alors le saipan, une vieille vedette enregistrée au nom de Finnegan (Treat Williams), un baroudeur qui la loue fréquemment à des contrebandiers et autres trafiquants notoires. Cette fois, il transporte un commando de pilleurs armés jusqu'aux dents qui a fait le chemin pour dévaliser et torpiller l'Argonautica. En montant à bord, ils découvrent un bateau vide et étonnamment calme. Seuls passagers présents : Trilliam (Famke Janssen), une cleptomane, Clanton (Anthony Heald), le propriétaire véreux de l'Argonautica et le capitaine (Derrick O'Connor) Encore quelques victimes en puissances pour le monstre
Par chance, sur un sujet plus ou moins similaire, Un Cri dans l'Océan ne ressemble pas à Leviathan, la grosse série 2 de George Pan Cosmatos. Ni à Sphère, l'arnaque monumentale de Barry Levinson malgré ses 120 millions de dollars de budget. Plus généreux, Stephen Sommers limitent le bavardage, favorise l'action et les effets spéciaux (animatroniques et infographiques), installe une ambiance empruntée aux monster movies des sixties et au Aliens de James Cameron. Il pimente cette partie de cache-cache entre un monstre acharné et une poignée de rescapés affolés d'une idée bienvenue : pendant l'action, le paquebot pique du nez ! Loin de la tiédeur du Livre de la Jungle, Stephen Sommers réalise une série B riche en événements, construite autour de ses personnages, des stéréotypes de film catastrophe tellement " chargés " qu'ils en deviennent attachants. En tête du groupe, le Bon, la Brute et le Truand. Respectivement Finnegan, un hors-la-loi bon bougre toujours prêt à voler au secours de ses compagnons de galère, Hanover (Wes Studi), le mercenaire chevronné qui se bat par intérêt personnel, et Canton, le proprio malhonnête et opportuniste. Quant à Trillian, la croqueuse de diamant, elle choisit le camp de ceux qui ont le plus de chance de s'en sortir. Pour les interpréter, Stephen Sommers choisit des acteurs de seconds rôles, rares à l'écran. Treat Williams, ancien hippie de Hair, et Famke Jamssen, la tueuse d'élite russe et nymphomane de Goldeneye, qui échange rapidement sa robe de velours rouge contre un t-shirt blanc. Vraiment, tout y est ! Même un sidekick dans la plus grande tradition du buddy-movie : Pantucci (Kevin J. O'Connor), mécanicien maladroit et principal carburant du film au niveau humour. Un humour bien appuyé, presque burlesque, qui adoucit le graphisme des effets gore, craspec à souhait. Comme lorsque la créature déglutit un corps tout juste entamé, ou que Stephen Sommers filme le garde-manger du monstre situé dans la cale du bateau, où sont entassés les corps des passagers. Enfin, ce qu'il en reste. Avec Un Cri dans l'Océan, Stephen Sommers réussit deux exploits : mélanger humour et tension sans que l'un prenne le pas sur l'autre, et imposer un temps de présence du monstre équivalent aux deux tiers du métrage total. Du pur divertissement.
U.S.A. 1997 - Réal : Stephen Sommers - Durée : 1 h 46 - Sortie le 24 juin 1998

Si le film d'horreur est en perte de vitesse, cela ne touche en aucun cas Wes Craven. Après 25 ans de carrière, celui qui a créé Freddy Krueger pose un regard critique sur le genre "psycho-killler", en reprend les bases pour le mythifier à grand renfort de référence cinéphiliques. Scream 2, le deuxième chapitre d'une thèse filmée où des vedettes de sitcom et un tueur masqué s'affrontent dans la grande tradition de La Nuit des Masques.
Les scores aussi mirifiques que surprenants de Scream appelaient une suite inévitable. C'est aujourd'hui fait, avec des recettes aux Etats-Unis qui annoncent déjà un troisième épisode. Wes Craven peut pousser un ouf de soulagement. Scream 2 correspond moins pour lui à l'assurance d'un Scream 3 qu'à une délivrance tant attendue : sortir du genre, ne serait-ce qu'une fois, pour ne plus avoir à porter constamment l'étiquette de "maître de l'horreur". Même s'il se force à endosser quelques responsabilités scénaristiques de Scream 2 et ne rechigne jamais à débattre du genre pour le défendre, on sait bien - et on le comprend - que Wes Craven a pour ainsi dire réaliser le film de Kevin Williamson et son producteur Miramax, afin de ne pas trahir le premier et de gagner la confiance du second. Bref, dans un mois, Craven commence le tournage de Fifty Violins, une sorte d'Esprits Rebelles musical qu'il mûrit depuis de nombreuses années : pas de croque-mitaine, pas de tueur masqué ; pas de tout ce qui va avec, meurtres à gogo et scènes de trouille. A l'heure où John Carpenter (l'autre maître, le vrai) vient encore d 'annoncer avec Vampires qu'il "faisait du fantastique, merde !", la grande évasion de Wes Craven est paradoxalement une très bonne nouvelle : après Scream 2, le réalisateur n'aurait pas pu cacher beaucoup plus longtemps qu'il filmait à contre-cur.
Soutenu par l'espoir d'en imposer au box-office, le premier Scream, qui avait rassemblé le grand public mais divisé les fans, avait pour lui de ressusciter un genre qu'on ne peut s'empêcher d'aimer (le psycho-killer, vice bien connu du fantasticophile). En dehors de son concept ludique, de ce jeu de références acceptant le premier comme le second degré, Scream ne volait pas très haut, mais fonctionnait à merveille. Et puis, si des stars de sitcom avaient accepter de jouer les victimes, le jeune public était forcément autorisé à se faire gentiment peur. Forcément opportuniste, Scream 2 est une suite-remake ni pire ni meilleure que l'original, à ceci près qu'elle ne bénéficie pas de l'effet de surprise. Les auteurs essaient bien d'emblée de nous faire le coup du film dans le film, lorsqu'un couple se rend à l'avant première de Stab, inspiré des événements sanglants décrits dans Scream. Là, dans la salle, les spectateurs mettent l'ambiance façon festival du Rex de la grande époque et nombre d'entre eux ont revêtu la cape et le masque désormais célèbres. Pendant que le tueur sévit à l'écran, il s'en passe bien sûr des vertes et des pas mûres en coulisses, chaque personne grimée étant un maniaque en puissance.
Plutôt efficace, (dans l'ensemble, Wes Craven fait très bien ce qu'il a à faire), la scène propose pourtant un simple parallèle ne débouchant sur rien d'autre que du vent. Autrement dit, malgré ses idées très poupées russes, Scream 2 évite à tout moment de se confronter à la mise en abîme cinématographique, de réfléchir sur le genre, à tel point que les dialogues référentiels - pour mettre Scream 2 en valeur, bien sûr - non seulement tombe à plat mais révèlent chez les auteurs une tendance certaine à l'auto-satisfaction, quand ce n'est pas un culot monstre ! Scream 2 serait sans doute davantage sympathique s'il ne soulignait pas sans cette son succès, son ingéniosité, sa supériorité. Sûr qu'à côté des Vendredi 13, les Scream n'ont aucun mal à faire valoir leurs arguments. Mais comme on dit, au royaume des aveugles Le plus rageant reste que dans ce contexte où la formule fait office de film, Wes Craven parvient encore à nous avoir : une poursuite dans les dédales d'un studio de radio et un accident de voiture avec complications procurent de délicieux frissons, qui se transformeraient évidemment en crise de nerfs si l'enjeu de Scream 2 dépassait sa condition de slasher light. Dans ces limites créatives (à la fois forcées et voulues), les rescapés de la première tragédie, Sidney Prescott (Neve Campbell), Gale Weathers (Courtney Cox) et Dewey Riley (David Arquette) réussissent dans quelques scènes joliment simples à être très touchants. Là réside sans doute la vraie réussite de Scream 2 et rétrospectivement de Scream : apporter un peu de sentiment, d'humanité, à un genre dont l'attraction principale reste l'attraction de sang froid, mécanique, gratuit. Après tant d'années à côtoyer la mort sur les plateaux, Wes Craven a bien gagné le droit de filmer librement la vie.
U.S.A. 1998 - Réal : Wes Craven - Durée : 2 h 02 - Sortie le 8 juillet 1998
AUX FRONTIERES DU REEL Lorsque l'ancien Monthy Python terry Gilliam (Brazil, L'armée des 12 singes) s'intéresse à un roman culte de la contre-culture américaine signé S. Thompson, cela donne Las Vegas Parano, un délire visuel qui fait l'effet d'un champignon hallucinogène.
Pour Hunter Thompson, l'auteur du livre " Las Vegas Parano ", il ne fait aucun doute que l'année 1971 fut celle d'une " erreur divine ". L'idéalisme des mouvements civiques, de l'anti-militarisme, du Flower Power avait heurté de plein fouet les réalités de l'oligarchie, du pouvoir et de son extension logique : la guerre. Du Vietman au Bangladesh, de Nixon au gouvernement de Pékin, de Charles Manson à la bande à Baa-der, de Johnny s'en Va-t-en Guerre à Orange Mécanique, tout annonçait la fin des espérances et la naissance future du cynisme punk.
C'est dans ce brouillard idéologique que le journalisme Hunter Thompson et son avocat Oscar " Zeta "Acosta prennent la route vers Las Vegas, où ils doivent couvrir la course de motos du Mint 400. Leur idée initiale est d'appliquer à leur reportage les règles du journalisme Gonzo : enre-gistrer l'histoire telle qu'elle se produit, sans la réécrire, vivre l'événement en toute subjectivité, et s'il le faut, aller chercher dans les substances illicites le carburant nécessaire à la prouesse physique et intellectuelle d'un tel exercice. Ainsi, le coffre rempli de toutes les drogues connues, les deux hommes embarquent pour " une équipée sauvage au cur du rêve américain ". Bien sûr, l'improbable expérience journalistique va très vite tourner à la descente aux enfers, révélant aux héros, dans la ville aux mille néons, la vraie nature de ce rêve absurde.
Retrouver, vingt-sept ans plus tard, Terry Gilliam aux commandes de l'adaptation filmique de ce voyage chaotique n'a, a posteriori, rien d'étonnant. L'homme de Brazil et de Fisher King est obsédé par la folie, celle qui permet aux êtres sensibles de supporter l 'absurdité du monde. A ses yeux, le trip halluciné de Thompson/Raoul Duke (Johnny Depp) et de Zeta/Gonzo (Benicoo Del Toro) est la résurgence de la quête essentielle de Don Quichotte et de Sancho Pança ou, plus précisément, le parcours des neufs cercle concentriques de " l"Enfer " par Dante et Virgile. Au symbolisme pesant qui lui tend les bras, Gilliam préfère le chemin du burlesque, s'appliquant à nous faire vivre cette " Divine Comédie " de l'intérieur. Las Vegas Parano est une comédie, un film qui nous force à rire de tout, et tout particulièrement du tragique. Derrière le clinquant des décors, le groove des standards d'époque ou la brillance des maquillages de Rob Bottin, se profile un univers sale, violent, désespéré. Certes, c'est un film de studio, un produit du " système ".Mais on y vomit toutes les minutes, les murs y sont recouverts de ketchup et d'excréments, des dinosaures s'y dévorent dans un bain de sang, et l'on y ingurgite toutes les saloperies solides ou liquides recensées. Ceux qui attendaient la version hard-core de Dumb and Dumber vont être servis ! Martin Scorsese nous avait expliqué avec Casino en quoi Las Vegas résumait à elle seule toute l'organisation économique et politique des Etats-Unis. Gilliam nous rajoute qu'elle est aussi l'illustration parfaite du cauchemar américain, le vrai visage de Disneyland. Par l'incroyable attraction de ses deux principaux interprètes, le foisonnement des guest-stars (Ellen Barkin, Christina Ricci, Gary Busey, Lyle Lovett, Harry Dean Stanton...) et son filmage aussi chaotique que survolté (Pleure ! Oliver Stone !), Las Vegas Parano est très certainement la grande chasse d'eau libératrice que son auteur a voulu. Et ça, ça fait un bien fou....
Fear and Loathing in Las Vegas
U.S.A. 1998 - Réal : Terry Gilliam - Durée : 1 h 58 - Sortie le 19 août 1998
LE FUGITIF Lorsque les créateurs d'Independence Day s'attaquent à Godzilla, il ne faut pas espérer retrouver l'ambiance kitsch des films originaux produits par les Japonais. Roland Emmerich revisite le mythe à l'aide d'images de synthèse pour ce Godzilla plus proche du film catastrophe que du film de monstre.
Avec plus de vingt films à son actif, Godzilla le lézard géant est devenu un monument du cinéma de science-fiction, le plus grand représentant kitsch sur pellicule. Créé en 1954 par le studio Toho, soit peu de temps après la seconde guerre mondiale, Godzilla, né des radiations de la bombe atomique, représente aussi la folie destructrice des hommes, une certaine psychose associée au bombardement du Japon. En quelque sorte, une parabole sur la menace du nucléaire qui tracasse et traumatise alors toute la population. Pour le duo de choc à l'origine du blockbuster Independence Day, Roland Emmerich et Dean Devlin, pas question de trahir le concept imaginé par Tomoyuki Tanaka et Inoshiro Honda. Leur Godzilla, à l'image de l'original, est donc une aberration de la nature consécutive aux essais nucléaires français à Mururoa. Mise à part cette idée similaire, le reste de ce Godzilla marqué du sceau Hollywood se détache de son modèle par un traitement plus proche du film catastrophe que du film de monstre classique, à quelques détails près. D'abord, Godzilla ressemble moins à un monstre qu'à un animal apeuré cherchant à se protéger. S'il se rend à New-York, c'est parce que la métropole américaine lui offre la possibilité de se cacher (y compris dans les égouts, ce qui est un sacré exploit pour un monstre de cette taille !) et donc de survivre aux attaques lancées contre lui. L'impact dramatique propre aux films de monstre, la menace représentée par la créature qui dévaste tout sur son passage, volontairement ou non, est donc écartée. Le plus gros des dégâts est causé par des militaires maladroits qui essaient d'attraper ce Godzilla rapide et futé. Par là même, Godzilla est dépossédé de sa personnalité, de ses charmes, de ce qui le rendait si attachant et touchant : il n'est plus ce monstre balourd et empoté. A la place, le monstre de Roland Emmerich pique des sprints, se faufile entre les buildings et tente par tous les moyens d'échapper aux tirs groupés de l'armée. Sous cette forme, Godzilla ressemble à une gigantesque partie de cache-cache sans véritable finalité, qui s'essouffle tellement à la moitié du film que les auteurs usent d'un rebondissement uniquement visuel et proprement inutile : l'arrivée des bébés Godzilla, cousins germains du raptor, dans une scène rappelant ouvertement celle de l'attaque de la cuisine dans Jurassic Park.
Quand ils ne se concentrent pas sur le monstre (c'est à dire très souvent), les deux compères s'intéressent à des personnages exaspérants, comme Audrey Timmonds (Maria Pittiloà, une journaliste arriviste, ou Nick Tatopoulos (Matthew Broderick), un scientifique en quête de gloire. Malgré quelques scènes correctement ficelées (l'arrivée de Godzilla dans les rues de Manhattan, un combat aquatique entre Godzilla et deux sous-marins ) qui viennent confirmer les capacités de Roland Emmerich dans l'agencement de l'action et l'utilisation des effets spéciaux, Godzilla ne procure jamais l'excitation et la magie attendues. A tel point qu'il permet même de réévaluer Independence Day qui, en comparaison, n'était pas si mauvais, ou en tout cas autrement plus amusant visionné au second degré. Godzilla ne va jamais assez loin dans la caricature des personnages et du genre lui-même pour s'apprécier sous cette angle.
U.S.A. 1998 - Réal : Roland Emmerich - Durée : 2 h 18 - Sortie le 16 septembre 1998
TOUT VENDRE... OU
TOUT CASSER ?Presque 15 ans après Gremlins, Joe Dante revient avec ce Small Soldiers coulé dans le même moule, mais beaucoup moins hargneux. Une version commando de Toy Story pour cette critique de la société de consommation américaine qui n'est pas aussi féroce qu'on l'espérait.
Le problème ne date pas d'hier, et il n'est pas prêt de se résoudre : Hollywood s'obstine à confondre les termes "enfantin" et "infantile". Cette confusion s'est à ce point généralisée que des uvres enfantines de prestige comme La Nuit du Chasseur, Los Olvidadis ou même Mon Voisin Totoro finissent par atterrir dans la catégorie des uvres sérieuses, donc adultes. Et qu'importe si ces films provoquent généralement chez les rares gamins qui parviennent à les voir un enthousiasme réel. Ces adultes de commerciaux (d'Hollywood ou d'ailleurs) ont décidé que les miards étaient dénués de toute sensibilité, alors ils doivent sagement se conformer aux interdits "enfantins" de la table de loi-marketing. : pas de cruauté, pas de pessimisme, pas d'humour grivois, pas de remise en cause de l'ordre des choses, pas d'identification avec des adultes. Aux USA comme en Europe, dès qu'il s'agit de bambins, c'est comme si le cahier des charges sortait directement des cases du Vatican.
Tout le monde conviendra que le postulat de départ de Small Soldiers est "enfantin". Une multinationale rachète la firme de jouets Heartland et décide de lancer sur le marché deux collections de figurines ultra-performantes. Elles parlent, bougent et prennent des initiatives. Elles sont aussi programmées pour se livrer bataille de leur propre chef. D'un côté, le Commando d'Elite composé de mercenaires patibulaires sous le commandement de l'inflexible Chip Hazard. De l'autre, leurs ennemis de toujours, les Gorgonites, et ces derniers ne peuvent en aucun cas gagner la bataille. Pour parfaire le tout, un des designers d'Heartland a jugé bon d'inscrire ce programme révolutionnaire sur des puces de haute technologie réservées à un usage militaire. Du coup, à peine livrées à la boutique où officie le jeune Alan, les commandos s'échappent dans la ville de Winslow Corners pour exécuter leur mission de destruction, même s'il leur faut pour cela écrabouiller quelques habitants au passage.
Quel bambin normalement constitué n'a pas rêvé d'un tel dérapage, n'a pas ressenti ces délicieuses pulsions de vandalisme extrême sur son environnement.? Tant que Small Soldiers joue cette carte méchante, agressive et réellement enfantine, on baigne en pleine jouissance régressive.Mais hélas, le vrai combat qui sous-tend le film est bien celui qui oppose son producteur à son réalisateur. D'un côté, Spielberg aimerait bien offrir à son studio Dreamworks la franchise consensuelle qui ferait valser les licences de merchandising. Pour lui, Small Soldiers est une page de pub rêvée. De l'autre côté, Joe Dante est l'homme le moins mercantile au monde. Avec Gremlins, il a déjà donnée dans la veine enfantine sainement anarchiste, iconoclaste et libératrice. Il s'est même offert un sublime suicide commercial quand on osa lui demander un Gremlins 2. Dix ans après il aspire à autre chose. Et s'il accepte Small Soldiers comme un moyen de revenir au devant de la scène, il ne peut pourtant pas s'empêcher de revisiter le cahier des charges à sa manière. Heureusement pour nous ! Du coup, les clones de GI Joe deviennent d'authentiques enflures fascistes, les barbies des pétasses aussi décervelées que dangereuse. Les hits des Spice Girls se transforment en armes de torture et Denis Leary ne peut réprimer la réplique qui tue : "ça aurait fait une bonne page de pub !". C'est bien à travers ces coups de semonce à la Dante que Small Soldiers réussit à devenir attachant, aussi attachant que les très toonesques Gorgonites qui le peuplent. Il fuit l'agressivité militaire et la soif de conquête des commandos de studios pour aller s'émerveiller devant les classiques noir et blanc de la Universal qui passent à la télé. Au détour d'une séquence, il rend un magnifique hommage (musique comprise) à La Fiancée de Frankenstein, le type même de film qu'il attend qu'on lui confie. Et dans sa conception du film pour enfants, les mercenaires ont les voix des 12 salopards (Ernest Borgnine, Jim Brown, George Kennedy, Clint Walker, Bruce Dern dans la V.O.). Dante sait ce qui fait plaisir aux gamins tout comme aux adultes attardés que nous sommes. De son côté, Spielberg a, lui, complètement oublié qu'il filmait les campagnes de Rommel dans le jardin de sa maman.
U.S.A. 1998 - Réal : Joe Dante - Durée : 1 h 50 - Sortie le 21 octobre 1998
BON ANNIVERSAIRE !Vingt ans déjà que Michael Myers, le monstre crée dans John Carpenter dans La Nuit des Masques, sévit sur les écrans. Pour fêter cet anniversaire, les producteurs décident de lui rendre hommage au travers d'un film qui oublie toutes les suites et renoue avec l'horreur cérébrale du premier, Jamie Lee Curtis, à l'origine du projet, revient pour combattre ses démons et régler son compte une bonne fois pour toutes à Michael Myers.
Depuis que John Carpenter a réalisé La Nuit des Masques en 1978, le "slasher-movie" a connu ses plus belles heures. Ce chef-d'oeuvre du genre a engendré tout un tas de films où un maniaque décime une poignée d'ados, à commencer par la série des vendredi 13, le plus souvent des adaptations éhontées ou tout simplement des remakes officieux. La Nuit des Masques compte même plusieurs suites, quatre jusque là, plus un Halloween 3 qui n'entretien aucun rapport avec le reste de la série. ; des suites qui reposent uniquement sur le systématisme des meurtres et qui présentent Michael Myers non plus comment la représentation du mal définie par Carpenter mais comme un simple croquemitaine façon Freddy Krueger. Des suites inutiles en somme. Avec le succès de Scream qui reprend les grandes lignes de La Nuit des Masques tout en profitant de sa réputation., ce nouveau retour du tueur au masque blanc inexpressif paraît paraît cette dois plus justifié. Une manière pour le producteur Moustapha Akkad de récupérer son dû, un succès qui lui revient en toute légitimité. Pour ce film-anniversaire, on parle longtemps de John Carpenter à la réalisation. Mais le poste est finalement attribué à Steve Miner, un vieux routier du genre qui, après un poste d'assistant sur La Dernière Maison sur la Gauche, le premier film de Wes Craven, a débuté en 1982 avec Le Tueur du Vendredi et Meurtres en Trois Dimensions, respectivement deuxième et troisième aventure saignantes de Jason. Steve Minier connaît donc déjà le genre, ses recettes, ses ficelles. Lorsqu'il arrive sur Halloween : 20 ans après, il commence par revoir le scénario en se débarrassant d'un personnage de vieux flic, obsédé par Michael Myers, qui le traque sans répit. Charles S. Dutton devait tenir le rôle, assurant de cette manière la relève du Dr Loomis, interprété par feu Donald Pleasance. Le réalisateur préfère se concentrer sur ses personnages principaux, Michael Myers et Laurie Strode. Une Laurie Strode qu'on retrouve complètement névrosée, alcoolique, hantée par la fantôme de Myers. Désormais directrice d'un collège privé à Summer Glen, dissimulée sous le nom de Keri Tate pour mieux oublier les événements tragiques qui s'étaient déroulés à Haddonfield il y a vingt ans, elle mène une existence plus ou moins tranquille avec son fils de 17 ans John (Josh Hartnett) et son compagnon Will (Adam Arkin), conseiller d'éducation dans le même établissement. Malgré tout, la fête d'Halloween reste pour elle synonyme de cauchemar. A tel point qu'elle refuse que son fils s'absente du domicile familial le 31 octobre pour participer à une excursion. Finalement, avec son ami Charlie (Adam Hann-Byrd) et Sarah (Jodi Lyn O'Keefe), John décide de fêter Halloween à sa manière, dans une partie désaffectée du collège. Mais Michale Myers, qui a retrouvé la trace de Laurie après avoir assassiné l'infirmière assistante du Dr Loomis, est déjà en route vers Summer Glen, bien décidé à terminer ce qu'il avait commencé il y a vingt ans...
Dans sa construction, Halloween : 20 ans après ressemble plus à une tragédie grecque découpée en trois actes qu'à du grand guignol. Steve Miner prépare lentement mais minutieusement la confrontation entre Laurie Strode et Michale Myers, présentant le caractère des personnages, installant la tension, jusqu'à un premier face-à-face des plus percutants. Pour créer l'ambiance, il joue avec des effets de surprise dès qu'un personnage rentre dans le champ, utilise aussi souvent qu'il le peut le travelling avant, accompagné d'une musique stressante, généralement l'excellente réorchestration du thème de Carpenter. Ses personnages secondaires et les ados, Miner les traite presque comme du bétail : leur destin est de finir étripés en bonne et due forme. Des meurtres qui ne cherchent pas à en mettre plein la vue mais à être tout simplement efficaces. La mort de la jeune Sarah, à l'issue d'une douloureuse agonie, est à ce titre froide et brutale. Car Steve Miner renoue avec le Michael Myers du premier film, qui symbolisait le Mal à l'état pur : il est ici déterminé, rigide et increvable. D'ailleurs, Miner se sert de l'invulnérabilité de Myers pour amener un rebondissement inattendu lors duquel Laurie Strode se transforme en furie, avec une Jamie Lee Curtis totalement investie dans son rôle, un personnage rongé par ses angoisses qui saura se montrer aussi obstinée et vicieuse que Myers lors de l'affrontement final, véritable tour de force du film. De la première à la dernière image d'Halloween : 20 ans après, Steve réalise un slasher premier degré, un hommage fidèle à l'original. En quelque sorte, il utilise les vieux mécanismes du film d'horreur et ramène le genre à son plus simple concept : foutre la trouille. Pour les amateurs, c'est incontournable, et ça fait vraiment du bien.
U.S.A. 1998 - Réal : Steve Miner - Durée : 1 h 31 - Sortie le 31 octobre 1998 an avant-première